23.07.2007

Une réforme lancée à grands pas

L’autonomie des universités est un serpent de mer de la vie politique depuis un certain nombre d’années. Le constat repose sur l’état alarmant de nos universités, manquant de moyens, rongées par un échec trop important de ses étudiants durant le premier cycle, et concurrencées par les grandes écoles (sélectives, élitistes et chouchoutées par l’Etat), résultat d’une partition de l’enseignement supérieur français. Il devient bien évident de la nécessité de transformer ce système. Mais arriverons-nous à améliorer les résultats de l’université juste avec une modification de son fonctionnement ? Est-ce juste sa gouvernance qui est la cause de ses difficultés ? 

        Présenté par le premier ministre Fillon comme la réforme la plus importante de sa législature, une large concertation a été lancée, ouverte à tous les syndicats de l’enseignement supérieur. Comme préalable à sa participation, l’UNEF a obtenu des garanties orales sur les frais d’inscription et la sélection. En effet, la question des frais d’inscription est un élément central dans l’enjeu de la démocratisation de l’enseignement supérieur. Peu élevés, ils garantissent la possibilité à tous les étudiants d’accéder à l’université sans distinction de ressources. Fixés nationalement, par arrêté ministériel, cela permet une égalité entre les étudiants à l’accès à l’université. L’absence de  sélection assure la pérennité de l’acquis d’université de masse. Aucun bachelier ne peut être laissé au bord de la route universitaire, ce qui est d’autant plus profitable que la France manque de diplômés.

        Mais cette ouverture au dialogue apparaît très vite comme un moyen habile d’amadouer les syndicats. La tentation du passage en force reste présente dans les esprits d’autant que le gouvernement souhaite aller le plus rapidement possible dans cette réforme. Trois semaines de concertation, pour rien. Le projet de nouvelle université était prêt bien avant mais pour faire mieux passer la pilule, on a choisi de faire sembler de négocier. Aucune des propositions retenues lors des concertations n’ont été reprises dans le document de travail. 

        Evidemment, ce texte suscite le tollé. Même s’il ne revient pas sur les lignes rouges de l’UNEF, trois points sont inacceptables : les atteintes à la démocratie étudiante, la sélection en master 1 et l’autonomie optionnelle. En fait, il repose sur une vision libérale de l’université. Cette dernière, dans son fonctionnement, doit se rapprocher de l’entreprise, modèle ô combien parfait, l’idéal libéral. Par conséquent, il permet un renforcement des pouvoirs du président de l’université, maintenant élu par un conseil d’administration restreint et laissant une place importante aux personnes extérieures, au nombre de 7, (des représentants du monde économique pour la plus grande partie) nommées par le chef d’Etablissement. Son mandat est renouvelable mais passe de 5 à 4 ans. A coté de ce renforcement, tout ceux qui sont considérés comme incompétents voit leurs représentations fondre : les étudiants qui jusque là représentaient 20 à 25 % du CA, ne seront plus que 3 sur 20 et les personnels non enseignants, IATOSS,  2.

         Ce renforcement est d’autant plus flagrant qu’associé à l’autonomie, l’équipe du président récupère la gestion du personnel, la gestion des bâtiments avec la possibilité que ce cher président ne soit même pas enseignant chercheur puisque ce texte instaure qu’il doit juste avoir la vocation d’enseigner, différence notable. Mais également la capacité de déterminer les conditions d’admission en master 1, en clair la sélection à ce niveau. Or, le problème, c’est que différentes études ont démontré que la France manquait de bacs +4, ce n’est pas en sélectionnant qu’on arrivera à augmenter leurs nombres. Il est quand même étonnant qu’un étudiant à qui on a accordé sa licence ne puisse pas continuer ses études : soit il a sa licence et la mérite donc peut parfaitement faire un master sachant que le rôle d’un enseignant est d’emmener toute le monde vers la réussite, soit il ne l’a pas. 

           Toutefois, ce qui a fait perdre le soutien du texte par la CPU (conférence des présidents des universités)  est l’autonomie optionnelle et d’avoir en plus laissé entendre que ceux qui choisiraient le nouveau statut aurait des moyens supplémentaires par rapport aux autres. Or, toutes les universités n’ont pas la capacité de gérer leurs bâtiments, ce qui implique un non choix concernant leur autonomie. Dés lors, cet avant-projet ne satisfaisait aucun syndicat. Rejeté par le CNESER, organe consultatif regroupant toutes les forces de l’enseignement supérieur, repoussé pour le conseil des ministres, il ne pouvait qu’être amendé pour éviter la levée du mécontentement. Après que Sarkozy ait reçu les différentes forces syndicales, le gouvernement recule.

          L’autonomie n’est plus optionnelle mais va concerner toutes les universités d’ici 5 ans. Pas de sélection en master 1. Mais le point noir reste sur la démocratie universitaire. Le président sort toujours renforcé de ce projet de loi même si la composition du CA offre un certain nombre de possibilités : de 20 à 30 membres dont 3 à 5 représentants étudiants, 2 à 3 représentants personnel IATOSS, 7 à 8 personnes extérieures nommées par le président de l’université mais sous approbation des membres élus du CA, et 8 à 14 représentants des enseignants chercheurs. 

           En fait, même modifié, il est bien évident que ce texte ne plaît à personne, à la limite à la CPU. Il existe clairement un risque de déresponsabilisation de l’Etat vis-à-vis du milieu universitaire. Face à ce projet de loi, on ne peut pas dire qu’il existe une union intersyndicale. L’UNEF rappelle qu’elle n’a jamais été demandeur d’une autonomie des universités, en tout cas telle quelle et promet une veille parlementaire pendant le débat et le vote du projet. Le Snes-Sup, Sud, la CGT, etc… hurlent à la privatisation des universités et réclame une mobilisation générale à la rentrée. En définitive, les différentes positions seront prises une fois le texte voté, à la lumière des amendements intégrés.

Rachida Dati, un parcours plein de promesses

          Avant le lancement de la campagne présidentielle, peu de monde pouvait accoler un visage à ce nom. Mais, pourtant, depuis 2002, elle n’a eu cesse de suivre Nicolas Sarkozy (homme ô combien surmédiatisé) dans les différentes fonctions qu’il a exercées : conseillère technique en charge du projet de la loi sur la prévention de la délinquance au cabinet du ministre de l’Intérieur, de 2002 à 2004 ; conseillère au cabinet du ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, en 2004 ; directrice générale adjointe en charge des marchés publics, des affaires juridiques et des affaires foncières et immobilières au conseil général des Hauts-de-Seine, de 2004 à 2005 ; et conseillère en charge du projet de loi sur la prévention de la délinquance auprès du ministre de l’Intérieur, de 2005 à 2007. Pendant 5 ans, elle a réglé ses pas dans ceux de notre futur président. Et avec raison ! Propulsée porte-parole de sa campagne, elle est transformée en  figure montante de l’UMP et invitée récurrente des médias. 

     Incarnant le nouveau souffle de la politique, cette diversité tant désirée et cette méritocratie tant exaltée, elle devient très rapidement LA découverte de ces élections. On est bluffé par son parcours empli de détermination et de culot. Issue d’un milieu modeste, sa rencontre en 1987 avec Albin Chalandon, garde des Sceaux de l’époque, dans une réception à l’ambassade d’Algérie la propulse. Titulaire d’une maîtrise en sciences économiques (gestion des entreprises) et une autre de droit public, elle se fait financer son MBA par Matra avec le soutien de Jean-Luc Lagardère. Admise à l’Ecole Nationale de la Magistrature en 1997, elle porte fièrement la robe de magistrate de Simone Veil, cadeau de cette dernière. C’est l’art de savoir être toujours bien entourée.

      Au fil de l’évolution de la campagne, malgré la volonté affichée par le chantre de la « droite décomplexée » de mettre en place un gouvernement resserré autour de François Fillon, elle apparaît comme ministrable. Les rumeurs l’annoncent au très peu glorieux ministère de l’immigration, de l’identité nationale et du co-développement. Elle ne peut qu’être qu’un alibi. Une « beurette » dans ce très contesté ministère serait un bon moyen pour faire passer la pilule aux réfractaires. Pour les médias, pas de suspens. C’est son futur poste. Cependant, parmi ce concert de certitude, une petite voix dissonante se fait entendre : Rachida Dati suggère que rien n’est fait. 

       Le 18 mai, Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée annonce officiellement sa nomination au ministère de la Justice , un ministère tant convoité par Patrick  Devedjian, fidèle parmi les fidèles. Profitant de la toute confiance du président de la République , elle est chargée de réformer le système judiciaire, que ce soit par la refonte de la carte judiciaire, la mise en place des peines planchers comme moyen de dissuasion pour les multirécidivistes, le cas des mineurs délinquants de 16 à 18 ans. De grands chantiers en bonne place dans le programme du candidat victorieux. Il est bien évident que les choses sérieuses commencent. Tous les regards sont tournés vers elle. Sa position est sensible et elle sera attendue au tournant. Tout en étant très différente de Christine Lagarde, nouvelle ministre de l’Economie, elle partage avec cette dernière la chance d’être mise en orbite pour devenir, si tout se passe bien, une figure incontournable de la politique française.

       Très active depuis sa prise de fonction, sa manière de fonctionner, d’utiliser les médias pour prendre à témoin le peuple de son action, semble empreinter à Nicolas Sarkozy. Mais la démission de son directeur de cabinet choisi par la présidence comme étant le mieux armé pour l’aider, a peut-être mis en avant la pression qu’elle ressent renforçant son autoritarisme. L’atmosphère place Vendôme se cristallise autour de ses coups de sang, ce qui est confirmé par le départ de trois nouveaux collaborateurs. D’une certaine manière, c’est une façon de faire peau neuve et d’avoir un nouveau départ avec des gens qu’elle aura elle-même nommés, toujours couvée par le chef de l’Etat.     

 

Interview de Thibaut de Saint Pol, auteur de N’oubliez pas de vivre

      2004, rentrée littéraire, un auteur de 23 ans enchante les critiques par un récit très intime relatant les affres des fameuses et élitistes classes préparatoires aux grandes écoles. Touchant, romantique, on ne peut qu’être subjugué par ce roman qui transporte littéralement le lecteur au coeur de son histoire. Rencontre dans un café d’un jeune homme fascinant.

Votre premier roman a reçu un large écho à sa sortie. Cela n’a pu qu’être positif.

C’était un roman que je n’avais pas l’intention de publier. Je l’avais écrit avant tout  pour le plaisir. Mais sous la pression de quelques amis qui en avaient lu des pages, j’ai décidé de le déposer dans la boite aux lettres d’un éditeur. Je l’ai fait sans lettre de recommandation, en pensant que je n’aurais aucune nouvelle et que mes amis m’embêteraient plus. Comme j’habitais à Montparnasse, l’éditeur le plus proche était Albin Michel et c’est comme cela que je les ai choisis. Ils m’ont rappelé dix jours après et cela a été le début d’une belle aventure. Paru en 2004, N’oubliez pas de vivre est sorti en livre de poche à l’automne 2006.

Ecrire, c’était un rêve d’enfant ?

En fait, j’écris depuis que je suis tout petit, mais des choses insignifiantes. Je ne voulais pas particulièrement être écrivain. Depuis toujours j’aime bien raconter des histoires. Et ce que j’apprécie chez un écrivain, ce sont avant tout ses talents de conteurs. Captiver le lecteur, le saisir et lui faire vivre une aventure. C’était mon objectif quand j’ai entrepris mon premier roman. Je sortais de classe préparatoire, une expérience un peu particulière et que j’avais du mal à faire comprendre à mes proches ou à mes camarades de lycée qui ne l’avaient pas vécu. Par exemple, raconter que tu as une dissertation de six heures le lendemain et que cela t’enchante, ce n’est pas évident à expliquer. Cela dit, ce n’est pas toujours le bonheur. Bien sûr certains moments sont plus difficiles. Ce livre est écrit à la seconde personne du pluriel donc c’est « vous » qui racontez l’histoire. Ainsi, le lecteur est plongé dans cette expérience et vit lui-même ses deux années de classes préparatoires avec leurs moments de doute, leurs moments d’angoisse, mais aussi leurs moments forts ou agréables.

Globalement, la classe préparatoire a été une bonne expérience ?

Oui, personnellement, j’étais quand même assez heureux en prépa. Mais j’ai voulu écrire une histoire qui soit la plus juste possible, c’est-à-dire montrer les tribulations d’un étudiant moyen. En prépa, vous vous trouvez dans un microcosme très particulier, pendant 2, voire 3 ans, où vous devez mettre entre parenthèses un certain nombre de choses, comme les sorties entre amis ou votre vie privée… Et vous passez votre journée à bosser ! Tout cela pour un concours que vous n’êtes même pas sûr d’avoir ! C’est aussi angoissant qu’excitant. Moi même, j’ai pu découvrir un univers que je connaissais pas avant. Il n’y a aucun autre moment de sa vie pendant lequel on peut se plonger dans les livres et dans le savoir avec une telle frénésie. Mais c’est vrai, il y a aussi des moments où on se dit qu’on aimerait bien être sur une pelouse ensoleillée en train de jouer aux cartes avec ses anciens amis de lycée. J’ai vraiment voulu raconter l’expérience d’un étudiant moyen, qui ne soit ni trop noire, ni trop rose, et d’après les retours que j’ai eus sur mon roman, je pense que c’est plutôt le cas.

Mais, ce livre, ce n’est pas que ça ….

Oui, il y a plusieurs aspects : à la fois cette dimension classe préparatoire et puis tous ces personnages qui sont ambigus, comme par exemple les enseignants qui sont extrêmement durs mais qui font tout leur possible pour que leurs élèves aient ce concours. Il s’agit d’une période où l’on sort de l’enfance. C’est pour cela que j’aime bien dire que mon roman est un roman d’apprentissage. Ce personnage principal quitte la province dans laquelle il habite, le cocon familial et il se retrouve dans un internat complètement glauque en banlieue avec des gens un peu bizarres, avec des camarades dont on a besoin au quotidien pour tenir mais qui peuvent prendre votre place au concours. Cela crée une tension qui n’est pas toujours facile à vivre au jour le jour.

N’étiez-vous pas inquiet de livrer une partie de votre intimité aux nombreux lecteurs et des questions qui pourraient en découler ? Je l’ai réalisé quand j’ai appris que mon livre allait être publié. Effectivement, je l’avais écrit pour moi parce que j’avais envie de raconter cette histoire sans penser qu’il serait lu par des milliers de personnes. Quand je l’ai découvert, j’ai modifié quelques petites choses ! L’histoire est loin d’être autobiographique, mais elle joue beaucoup sur cette dimension. Le narrateur est un garçon, à peu près du même âge que moi. Bien sûr, c’est un roman. J’avais la volonté de raconter une histoire, de captiver le lecteur pour l’amener dans cette aventure. Je voulais l’entraîner dans cet internat, dans ces couloirs, de salles de cours en salles de cours pour qu’il puisse vivre ce quotidien. Avant chaque chapitre, on retrouve une courte citation d’un auteur qui est en correspondance avec ce qui se passe dans le roman. C’est peut-être le point qui en dit le plus sur moi. Certains lecteurs ont ainsi refait le parcours littéraire du narrateur et parfois découvert des livres qu’ils ont beaucoup aimés. Cela m’a beaucoup touché.

Ce livre, c’est d’une certaine façon une hymne aux auteurs et aux livres que vous aimez ? 

C’est vrai que l’on retrouve mon univers. C’est inévitable dans un roman, surtout le premier. Pour mon deuxième qui sort en août, Pavillon Noir, aux éditions Plon, c’est légèrement différent. Un premier roman est souvent un peu autobiographique, on y met beaucoup de soi. Bien sûr, c’est une œuvre de fiction mais c’est aussi mon univers, notamment à travers les livres présent dans le roman. N’oubliez pas de vivre est également un roman sur les livres et je voulais que ce soit un ouvrage qui donne envie de lire, qui pousse quand on le referme à aller voir ailleurs.

Et actuellement quels sont vos coups de cœur littéraires ?

Dernièrement, parmi les classiques qui ont été republiés, j’ai lu Gros Câlin de Romain Gary qui est paru à l’origine sous le pseudonyme d’Émile Ajar et qui est l’histoire d’un parisien qui  décide d’acheter un boa. Il a besoin d’énormément de tendresse et se sent seul au cœur de la multitude, de la foule des gens anonymes qui l’entourent. Il va donner toute cette tendresse à ce serpent. Bien sûr, avec un serpent en ville, il va se passer plein de choses. Gros Câlin, c’est le nom du serpent... 

 Que pensez-vous des jeunes auteurs contemporains ?

Avant la publication de mon premier roman, c’est vrai que je lisais surtout des romans plus anciens en raison surtout de ma formation. Parmi les derniers romans que j’ai lus et qui m’ont plu, il y a en particulier Mesdames, souriez de Jessica Nelson qui est l’histoire d’une jeune fille qui hérite de son grand oncle un appartement sur la Place des Vosges. Mais il y a un petit hic. Cet oncle, écrivain, avait une secrétaire, une vieille dame avec un affreux petit chien, qui vit dans l’appartement et qu’elle ne peut déloger aussi longtemps qu’elle restera en vie. Cette jeune fille branchée va devoir cohabiter avec la vieille dame. C’est un roman sur cette drôle de cohabitation pendant un été de canicule. C’est très bien écrit. Sinon comme roman contemporain qui m’a beaucoup marqué, il y a le premier roman de Philippe Besson qui s’appelle En l’absence des hommes et se déroule pendant la première guerre mondiale. 

Vous avez vraiment décidé d’écrire …

Oui, l’écriture fait aujourd’hui vraiment partie de ma vie. Je fais bien sûr d’autres choses. J’ai besoin d’un équilibre. J’essaie de couper entre les différents domaines. Mais oui, écrire c’est partager ses expériences, ses histoires. Une des surprises de ce premier roman a été les lettres de lecteurs. Quand on en parle entre écrivains, c’est quelque chose d’assez commun Moi-même, je n’ai jamais écrit à un écrivain et je m’y attendais pas. J’ai reçu vraiment beaucoup de courriers et des témoignages poignants, parfois très intimes. La relation qui se crée entre un lecteur et l’auteur du texte est particulière. C’est toujours étonnant dans un salon littéraire de rencontrer quelqu’un qui vient de l’autre bout de la France et qui a fait le trajet juste pour venir vous voir. Il y a quelque chose qui se passe, ce lecteur se met à vous tutoyer alors qu’on ne le connaît pas du tout. C’est très troublant comme expérience.

Attachez-vous une importance aux prix littéraires ?

Honnêtement, pour un jeune auteur de 26 ans, ce n’est pas à l’ordre du jour. Les prix littéraires, ce sont des œuvres de talents mais c’est aussi beaucoup de relationnel. Pour un jeune auteur, ce qui est important, c’est le livre de poche, d’éventuelles traductions. Au Soudan, ils sont en train de traduire plusieurs chapitres de mon premier roman en arabe. Voir ses propres mots dans une langue que l’on ne connaît pas, c’est magique. Dans le meilleur des cas, c’est aussi éventuellement des cinéastes qui s’y intéressent. Il y a bien sûr des prix plus modestes comme celui de France Bleu que j’ai reçu pour mon premier roman. Il y a énormément de prix et aujourd’hui, presque tous les écrivains peuvent se prévaloir d’un petit prix littéraire. C’est vrai que cela fait toujours plaisir.

Vous parliez de certains cinéastes qui s’intéressaient à votre livre. Imagineriez-vous un film sur votre histoire ? 

Forcément, j’adorerais ! Même si ce n’est pas une ambition réaliste pour l’instant. Quand on raconte une histoire, on la raconte avec ses mots, son univers. Mon mode d’expression est l’écrit. Voir quelqu’un se l’approprier en la racontant d’une autre manière, avec des images par exemple, ce serait une aventure qui évidemment me plairait. Ce n’est pas urgent, mais, c’est sûr, je ne dirai pas non.

Pas de crainte que quelqu’un s’approprie votre histoire…

 J’ai tendance à penser que chaque lecteur se l’approprie de toute manière un peu. Ce que les lecteurs ont retenu de mon premier roman varie nettement d’une personne à l’autre. Ils ont parfois compris des choses complètement différentes. Par exemple, l’amitié très forte entre les deux narrateurs est un élément très important qui a été compris de manière très, très diverse. J’ai ainsi reçu une longue lettre d’un chanoine belge qui y voit l’expression d’un amour chrétien, un amour dénué de tout commerce de chair. Pour certains autres lecteurs, leur relation est évidemment beaucoup moins catholique. Tous les lecteurs s’approprient l’histoire et c’est aussi le but. C’est ça qui est excitant : voir deux lecteurs qui en discutent devant vous, se disputent pour savoir quelle est la bonne interprétation (j’ai ma propre vision). Bien sûr je ne prends pas parti. La magie du roman, c’est aussi de laisser au lecteur son libre choix. C’est ainsi qu’une œuvre vit. On l’écrit, on la couche sur le papier et après elle fait son chemin sans l’auteur. Je pense que c’est le propre d’une bonne œuvre. Elle doit avoir sa propre existence. C’est pourquoi il faut prendre son temps avant de la publier afin qu’elle puisse se défendre tout seule.

Le succès vous a-t-il permis de voyager pour défendre votre roman ? Oui, en France surtout… J’aime le contact avec les gens, les lecteurs, mais aussi rencontrer des écrivains vers qui je ne serais pas forcément allé et qui maintenant comptent pour moi. Par exemple, Régine Deforges qui est quelqu’un que j’aime beaucoup, que je n’aurais sans doute pas osé approcher. Chez Albin Michel, j’avais beaucoup croisé Amélie Nothomb qui a compté dans les mots qu’on a pu échanger.

 Pour votre second roman, ressentez-vous une pression particulière ? Il y a toujours une pression. On a envie de partager cette histoire avec des gens. Mais elle est différente de la pression ressentie pour mon premier roman. Pour le premier, je ne savais pas du tout ce qui m’attendait. J’avais 22 ans et quelques. C’était la rentrée littéraire. Six cents romans sortaient en même temps. Il était probable que je n’aie pas un seul article. Et je le savais. Dix exemplaires se seraient vendus, j’aurais déjà été ravi. Donc ça a été merveilleux. Pour le deuxième, c’est à nouveau une rentrée littéraire. J’ai changé d’éditeur entre temps pour diverses raisons. On verra bien. Je sais qu’il y a déjà des libraires qui en parlent, des lecteurs qui l’attendent. Il ne peut arriver que de bonnes choses. Et puis, je travaille déjà sur un troisième et j’ai des idées pour un quatrième. Quoi qu’il arrive, je continuerai à écrire et il y en aura d’autres.